Populisme

mardi 15 novembre 2016
par  UD CGT 71

Le mot « populisme » a été fréquemment employé par les médias et les politiques tout au long de la campagne des élections américaines de 2016. Nul doute qu’il apparaîtra à nouveau dans les commentaires et analyses pendant la campagne présidentielle française.
Pourtant, c’est l’exemple-même du terme particulièrement piégé et piégeant, l’accusation de « populisme »
étant souvent un moyen commode de rejeter toute position critique à l’égard de l’ordre social existant…

Dans un texte extrait du Lexique Usuel Critique de l’Idéologie Dominante Economique et Sociale (LUCIDES, ouvrage collectif, 2009, IHS-CGT), André Narritsens nous fournit quelques éléments historiques de nature à alimenter notre réflexion. Gérard Burtin

Le mot populisme dérive du latin populus (peuple). Dans l’ancienne Rome, populus désignait la fraction de la population dépourvue des privilèges du patriciat, autrement dit de ceux de l’élite, de l’aristocratie.

A la fin des années 1920, en France, le vocable a servi à désigner un courant littéraire cherchant à peindre la vie des gens du peuple. Auparavant, en anglais, populism désignait les attitudes artistiques, politiques qui accordaient importance aux couches populaires.

Dans l’ordre politique, le terme « populiste » a été utilisé aux Etats-Unis par le People’s Party pour désigner un mouvement qui, dans le contexte de la crise rurale, sévissait à la fin du XIXe siècle et prônait des mesures économiques et sociales favorables au peuple.

Le « populisme » a également désigné, dans la Russie tsariste entre 1870 et 1880, un mouvement radical animé par des intellectuels et qui s’opposait au libéralisme et visait à entraîner la paysannerie, le « peuple », dans la lutte contre le pouvoir tsariste. Les populistes considéraient qu’il était possible de passer au socialisme à partir de la communauté de village et de la propriété collective du sol. Une partie des populistes s’engagea dans l’action clandestine et la pratique des attentats politiques, espérant ainsi provoquer un soulèvement populaire. Un second groupe opta pour l’action politique et devait contribuer à la création du parti ouvrier social-démocrate en 1894. A l’écart de ces deux voies, un troisième courant, majoritaire, renonça à toute action révolutionnaire et lutta pour des réformes. Lénine a dénoncé le populisme comme l’idéologie du « petit producteur » utopiste et réactionnaire. En même temps, il se réclamait de l’héritage de l’ancien populisme révolutionnaire qu’il traduisit politiquement dans l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie.

Mais « populisme » a servi aussi à désigner en Amérique latine des mouvements politiques opposés à l’impérialisme des Etats-Unis. En Argentine, le péronisme (ou justicialisme) a été qualifié de populisme. Plus généralement, le vocable a été utilisé pour qualifier des mouvements politiques nationaux faisant appel à la mobilisation du peuple en tant qu’entité indifférenciée. Ces mouvements ignorent les classes sociales ou en minorent l’importance en raison de l’objectif de libération nationale jugé principal.

Le vocable « populisme » a connu une extension d’usage depuis les années 70. Il sert à désigner (et a servi à renommer des faits politiques anciens tel que le boulangisme ou le poujadisme) tout mouvement politique qui, au nom des intérêts du peuple, combat les institutions existantes, les élites en place, voire certaines fraction du Capital qui reproduisent et aggravent les inégalités.

Le populisme est considéré comme d’essence anti-démocratique, souvent appuyé sur le nationalisme voire la xénophobie et pratiquant un anti-intellectualisme fort. Le populisme ainsi représenté s’attache souvent à une personnalité charismatique.

Dans la bataille idéologique qu’elle livre, la bourgeoisie dénonce le populisme comme un danger politique nourri de visées étroites mettant en péril l’ordre institutionnel et social existant. Elle l’utilise toujours dans un sens péjoratif l’assimilant notamment à la défense d’acquis jugés archaïques soutenus par le peuple mais qui contreviennent à sa politique de « réformes ». Plus généralement, les « populistes » sont présentés comme des démagogues.

Le populisme, en raison de son inconsistance conceptuelle, de ses usages descriptifs, flous et stéréotypés à la fois, a, ces dernières années, connu des fortunes d’utilisation nombreuses, s’appliquant aussi bien aux expériences de transformation sociale en cours dans plusieurs pays d’Amérique latine comme aux comportements xénophobes ou sécuritaires de plusieurs courants politiques et de diverses personnalités.

Fondamentalement, l’accusation de « populisme » est un moyen commode de rejeter toute position critique à l’égard de l’ordre social existant. Le mouvement ouvrier, dès lors qu’il combat pour des transformations sociales fondamentales, a pour sa part, le devoir de combattre tout ce qui obscurcit les contradictions de classes et le projet de transformation sociale qu’il doit soutenir.


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